Randa Asmar : Eloquente traduction en arabe du Dieu du Carnage de Yasmina Reza

Nelida Nassar  10.28.2014

La pièce de Yasmina Reza Le Dieu du Carnage a eu sa première à Londres en 2008 et connu un succès international tant au théâtre qu’au cinéma – filmée par Polanski – remportant maintes accolades et récompenses. A Beyrouth depuis quelques semaines suite à une traduction en Arabe-Libanais par Randa Asmar et d’une mise en scène signée Carlos Chahine. Reza considérée comme une satiriste née est renommée pour son observation acerbe et son humour perçant et sagace.

Malgré une mise en scène ayant été transféré de Paris à Brooklyn et maintenant à Beyrouth, beaucoup de dialogue restent pareils et la majeure partie de l’action se déroule entre les quatre murs claustrophobes d’un appartement.

A l’école, Ferdinand attaque Bruno à coups de bâton. Les parents se rencontrent pour régler le litige dans l’appartement du blessé. De prime abord, urbains, bienveillants, conciliants, ils tentent de tenir un discours commun de tolérance et d’excuse qui s’envenime peu à peu. Entre Alain Reille, avocat sans scrupule qui répond sans cesse à son portable tout en défendant une compagnie pharmaceutique et une vision du monde à la John Wayne, Véronique Houillé à la morale citoyenne qui écrit un livre sur le Darfour, son mari Michel qui vient d’abandonner le hamster de sa fille dans le caniveau et Annette Reille qui se met à vomir sur les livres d’art, c’est la débandade, le chacun pour soi, le conflit ouvert, la catastrophe qui s’annonce…

Curieux de saisir les défis que le texte exigeait de la traduction et comment Randa réussit à communiquer la jubilation, férocité et tendresse aussi tous les paradoxes de la condition humaine évoquait par Rezza ; l’égoïsme et la générosité, la responsabilité et l’indifférence, la politesse et la brutalité, le futile et le grave, tout le dérisoire dans le langage familier et vernaculaire en Arabe-Libanais ? Elle nous éclaira gracieusement par ces propos :

 Nelida Nassar : Combien de fois avez-vous collaboré, à longue distance, avec le directeur de la pièce Carlos Chahine afin de créer la première ébauche de la traduction ?
Randa Asmar :
Carlos était en visite à Beyrouth pour le commencement du projet. J’ai traduit les deux premières pages du texte français. Il les a vus et fut enthousiaste pour continuer le travail en son absence. Trois mois plus tard, à son retour, le premier jet en arabe était complété et nous avons fait ensemble une première lecture. Je lisais en arabe et lui suivait le texte français afin de les comparer. A ce stade là, il était satisfait mais alors il y avait la deuxième lecture à venir afin de corriger les détails et nuances qui ne concordent pas et ne sont pas transférables d’une société (française) à une autre (libanaise).

NN : Quels genre de problèmes avez-vous discuté et pourquoi ?
RA:
Justement, un exemple: le clafoutis ce dessert dans le texte français n’est pas connu chez la masse libanaise. Il fallait trouver un dessert équivalent et qui deviendrait celui auquel on se réfère dans la suite du dialogue de la pièce. Il y a pas mal d’autres exemples dans ce style.

NN : Quels étaient les défis de la traduction du français à l’arabe ?
RA :
Il était souhaitable tout d’abord de garder l’essence du texte original, ses coins et ses recoins, le dit et le non dit, les sous-entendus, le rythme et l’approche avec un langage aussi simple que celui écrit en français. Il était aussi impératif dans ce cas précis de garder la cadence des phrases, presque le même nombre de mots. Les phrases de Yasmina Reza sont pleines de sens, mais courtes et concises. Il fallait se baser ici sur ses adjectifs afin d’y être fidèle. Puis la traduction requérait de passer vite d’un sujet à l’autre, comme le texte français le démontre si bien.

NN : Avez-vous été en mesure de relever les défis de manière à en être satisfaite ? Si la réponse est non, quelles étaient les difficultés qui persistèrent ?
RA :
Oui, j’étais surtout satisfaite en écoutant le texte déclamé de la bouche des comédiens, puis la retombée très positive concernant  la traduction chez les critiques
de presse.

NN : Qu’est ce qui vous a attire vers cette pièce de théâtre ?
RA :
Carlos est un ami tout d’abord, le texte était de son choix, mais je voulais à tout prix être à ses côtés au cours de ce projet, sachant les difficultés de monter une pièce de théâtre au Liban pour quelqu’un qui vit en France. L’écrivain Jabbour Doueihy a suggéré mon nom sans savoir que nous étions des amis de longue date. Jabbour connaissait un peu mon approche de traductrice pour d’autres textes de théâtre.

NN : Qu’avez-vous appris de la traduction de cette pièce ?
RA :
On apprend toujours quand on touche aux différents volets du monde du théâtre, que serait-ce si on avait affaire à l’élément de base qui est le texte lui-même ? Plongé
dans les mots et les idées d’un auteur de rang international telle Yasmina Reza était tout d’abord un plaisir, un exercice «littéraire difficile » et surtout, une compréhension approfondie de chaque virgule, chaque point, chaque détail qui font partie de son
écriture théâtrale.

NN : En tant qu’actrice renommée, y aurait-il des subtilités dans le texte que vous étiez en mesure de traduire qu’un traducteur non acteur n’aurait pas pu transmettre?
RA :
Il est difficile de répondre à cette question. Chaque métier a son maître. Mais comme j’ai touché un peu à tout dans mon métier de comédienne, y compris la production, la communication, la traduction est devenue un « must » pour réaliser une création qu’on a vraiment envie de produire.

NN : Auriez-vous auriez aimé dépeindre un des rôles de la pièce et lequel ?
RA : Ah oui, j’ai adoré le rôle Véronique, mais quand j’ai vu Annette sur scène, je suis tombée sous le charme de ce personnage également !!

Le Dieu du Carnage
Théatre Monnot à 20.30 p.m.
Rue Yessouiyet, Beyrouth
Téléphone: 961.1.202.422

 

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