Palais des Femmes : Poésie, film, musique et danse en synesthésie

Nelida Nassar 10.30.2014

Palais des Femmes ‘Women’s Palaces’ est une véritable expérience interactive en cinq idiomes (arabe, allemand, anglais, espagnol et français) jonglant poésie, images, musique et danse. Ce projet connut ses balbutiements au New Hampshire, Etats Unis lors d’une résidence d’artiste à la prestigieuse MacDowell Colony que la compositrice Joëlle Khoury mit au point avec bonheur. Le texte, la composition musicale sont également signés par elle.

La ‘composition’ de multimédia emprunte son nom à celui d’un refuge de femmes géré par l’Armée du salut à Paris. Elle s’inspire des moments souvent orageux de la vie et de l’œuvre de femmes célèbres à travers l’histoire pour la plupart artistes. Ces femmes pionnières dans leur discipline respectives : Barbara, Mary Barnes, Cleopatra, Marlena Dietrich, Amelia Earhart, Camille Claudel… ainsi qu’une dizaine d’autres dames, ont certaines eu des fins tragiques, mortes alcooliques ou se sont suicidées, dans des refuges ou asiles. Une autre caractéristique commune les lie : la relation bouleversée avec leur mère et frère.

Trois strates tissent l’histoire : la trame, les poèmes de Nadia Tuéni et de Marguerite Duras, mais aussi les paroles de la musique de Dalida, de Billie Holiday, d’Oum Koulthoum, de Nina Simone et de la compositrice. Le film de Chaghig Arzoumanian, la chorégraphie et la danse d’Alexandre Paulikevitch complètent le scénario. L’ensemble crée une expérience où texte, image, geste et son se confrontent, s’épousent, et se fondent dans une théâtralité inattendue et séduisante.

Le Palais des Femmes interpelle une synesthésie – procédé poétique et artistique qui permet de mettre en relief une image en faisant appel à d’autres modalités sensorielles – entre différentes expressions artistiques. La performance s’inscrit dans des précédents historiques et représente une première au Liban.

Les affinités entre couleur et son, visuel et musique, film et danse ont fasciné artistes et chercheurs depuis des siècles. Les examens des phénomènes acoustiques et de l’anatomie de l’audition semblaient correspondre à l’examen des phénomènes visuels et de l’anatomie de l’œil. La psychologie expérimentale du XIXe siècle – de Hermann von Helmholtz, qui a développé une théorie sur la résonance de l’ouïe (sur les sensations de tonalité comme base physiologique pour la théorie de la musique, 1863) à Ernst Mach (l’analyse des sensations et la relation du physique au psychique, 1886) – a conduit à des recherches sur la synesthésie, et sur la simultanéité des sensations acoustiques et visuelles qui se sont poursuivies jusqu’en 1925 et qui continuent jusqu’à nos jours.

Ce désir d’entendre ce que l’on voit, voir ce que l’on entend, afin de savourer le son et les sensations visuelles, oriente un domaine important non seulement dans l’art visuel, mais aussi dans la musique, le film et le mouvement synesthésiques que Khoury se réapproprie. Le lien entre image et sons se fait directement, ou indirectement par association, un peu comme dans les rêves. Un mot pouvant nous renvoyer à une image, un son, une couleur, mais aussi une image peut faire écho de certaines pensées dites ou non. C’est le détail qui construit le tout, mais ce dernier redonne sens au détail, c’est un va et viens constant.

Khoury avec le cinéaste et le danseur étend sa recherche du son, à la couleur et à la lumière ; de l’image statique à l’image en mouvement, réalisant qu’elle devait changer de discipline, passant de l’image sonore unique à une succession de plusieurs images sonores, de la toile au film, de la musique à la danse. Elle empile les paroles des huit actrices du film, les comptines d’enfants, les paroles de Duras ‘Tu n’as rien vu à Hiroshima’ à sa musique, mélange de Bach, Beethoven et Thelonious Monk de sorte qu’elles deviennent involontaires et automatiques. Les images du film apparaissent spatialement, ce qui signifie qu’elles ont une position définie dans l’espace ; les perceptions sont consistantes ; la synesthésie est mémorable où les perceptions ont une charge émotionnelle et érotique profonde.

Comme c’est un travail étage, à maintes niveaux, polymorphe, l’auditeur peut se concentrer sur un, plusieurs ou tous les éléments à un moment donné donc chacun peut consciemment ou inconsciemment choisir son propre circuit et décider de changer en route, comme se concentrer plus sur la bande son, les sons dans la bande, les mots, les femmes dans le film, ou les références diverses (textes, films connus, etc.). La performance se termine sur une note généreuse d’amour où chaque femme retrouve le seul refuge et espace qui pourrait la satisfaire et dans lequel elle peut vraiment exister son œuvre d’art, métaphoriquement son palais.

Nous notons que Khoury utilise un langage de parataxes, une suite de ‘textes culturels’ qui favorise les phrases courtes et simples, utilisant des conjonctions de subordination plutôt que  de coordination dans lesquelles une série de scènes, de mots, d’éléments musicaux et de danses  très courtes sont présentés côte à côte dans un ordre et une hiérarchie particulière. C’est la  raison profonde pour laquelle son art se réfère fortement non seulement à la musique, mais également au texte, au film et à la danse. Elle mesure l’univers comme un poète des  parataxes tels les collages dadaïstes ou les nombreuses vidéos de musique contemporaine de Robert Rauschenberg.

Venez nombreux, ‘Palais de Femmes’ est à voir absolument où plutôt à écouter, expérimenter, vivre et ressentir. Institut Français, Salle Montaigne, Rue de Damas.
Performances le 2 et 3 octobre, 2014 à 20h30. Réservations : (03) 812959

Joëlle Khoury : texte, composition et piano
Chachig Arzoumanian : film
Alexandre Paulikevitch :danse
Nada Safieddine, Alice Massabki, Caroline Hatem, Lynn Kodeih, Chaza Charaffedine, Zeina Saab Demelero, Habiba Cheikh, Liza Titunjian, et Jesus Demelero : Actrices et Acteur dans le film.
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One thought on “Palais des Femmes : Poésie, film, musique et danse en synesthésie

  1. These women who have shaped their respective disciplines has made many generations dream. Looking forward to this performance.

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