Angela Gheorghiu La Magie En Devenir

Nelida Nassar  08.06.2014

Dès son irruption dans un somptueux fourreau noir à queue toute en plumes d’Autruche, c’est dans l’impitoyable mise à nu du lied et de la mélodie que l’on retrouvera la belle Angela Gheorghiu. Accompagnée par l’excellent pianiste Alexandru Petrovici, au Théâtre du Casino du Liban pour l’édition 2014 du Festival International de Baalbeck. Chorégraphie sobre, élégante consistant en sept candélabres à quatre têtes tous illuminés de chaque côté de la scène.

Introduit par un répertoire essentiellement français du ‘‘Grillon’’ de Jean Philippe Rameau, le récital offrira ensuite ‘‘Plaisir d’amour’’ de Jean-Paul Martini, ainsi que ‘‘le Chant d’amour’’ de Georges Bizet sur le poème de cinq strophes d’Alphonse de Lamartine duquel la cantatrice ne sélectionna que trois. L’exploration du répertoire romantique se poursuivra avec ‘‘Nuits d’étoiles’’ de Claude Debussy sur des textes de Théodore de Banville et ‘‘Mandoline,’’ une des cinq mélodies dites ‘‘de Venise’’ composée pour la Princesse de Polignac, de Gabriel Fauré, entamée auparavant sur les poèmes de Paul Verlaine.

Jusque là, Gheorghiu était tout sauf convaincante, sa performance manquait de noyau passionnel. Vite la température monta avec l’‘Élégie’’ de Jules Massenet, elle traduisit toutes les nuances de l’amour malheureux correspondant à la retenue émotionnelle d’ ‘‘En emportant mon bonheur, mon bonheur…’’ parfaitement.

Sa puissance vocale dégagea toute la tessiture nécessaire pour un lyrisme des plus dramatiques dans Adriana Lecouvreur. Son interprétation était d’un grand raffinement en couleurs, legato et articulation. Une prestation qui distingua les Adriana de référence: Montserrat Caballé, Joan Sutherland et Renata Tebaldi. Le ‘‘Sridono Lassu’’ de Neda du Leoncavallo I Pagliacci était délicieux. Il manquait juste le spinto, cette réserve dynamique qui permet à la voix, en un très court intervalle d’un demi-ton, de faire rayonner ce fameux si bémol.

Concentré, déterminé à rendre justice à la musique comme à ciseler les détails, le jeu de Petrovici était tendre et poétique plein de couleurs et de nuances dynamiques. Capable de verve rythmique explosive comme de sonorités perlées en apesanteur, particulièrement dans l’étude et la nocturne toutes deux de Frédérique Chopin et les Sergueï Rachmaninov Zdes choroso !, Son, et Vesenni vody. Après l’entracte, en esprit, il resta, en Russie offrant le prélude n. 2 de Rachmaninov plastiquement irréprochable, à défaut d’être poignant. Suivi, d’une chanson populaire roumaine ‘‘Nu m’abandonna !’’

Revenant sur scène, Gheorghiu en robe vaporeuse et fleurie rappelant son pays natal, chanta des favoris de la musique de compositeurs roumains des arias de George Enescu – professeur de violon de Yehudi Menuhin – à Eduard Caudella. Musique traditionnelle et moderne, chanson romantique, folklorique avec expression lyrique dramatique ou satirique, les ballades se succédèrent. Gheorghiu excellant dans la stylistique vocale, la charge émotionnelle de sa performance se transforma. En particulier dans les trois arias de Tiberiu Brediceani. Les rubato et portamento parfaitement calculés, la rondeur de son émission sur toute l’étendue du registre, sa façon de colorer subtilement le souffle puis de timbrer pleinement et son legato frissonnant étaient exceptionnels.

Gheorghiu semble de plus en plus protéger ses ressources vocales très attentivement. Si son aria du début, ‘‘Ecco respiro appena, l’Élégie et les trois arias de Tiberiu Brediceanu ’’ étaient triomphants, il y eut aussi des passages entiers dans les lieds où elle nous fit tendre l’oreille pour l’entendre. Et dans la lutte pour le pathos, son chant parfois tourne haletant et tremblant. Mais sa voix reste séduisante et expressive, surtout.

Refusant de chanter Gianni Schicchi ‘‘O moi babbino caro’’ de Puccini pourtant prévu au programme et réclamé par plus d’un spectateur, ni ‘‘oi un bel di’’ de Madama Butterfly. Fut-ce caprice de prima donna ou est-ce des difficultés des belles notes douces élevées ?
Ce n’était pas entièrement la soirée de Mme Gheorghiu, et quel plaisir, d’entendre Petrovici non seulement dans Chopin et Rachmaninov, mais dans le répertoire roumain. Présentée deux beaux bouquets de fleurs de la couleur de sa robe, Gheorghiu avec sa finesse et sens du style refait le geste d’Adriana des violettes offertes à Maurizio, plaçant une fleur à la boutonnière de Petrovici. Gracieusement, elle reconnaît les applaudissements avant de partir flirteuse pour sa loge.

– Nous saluons le Festival International de Baalbeck pour tous ses efforts et sommes conscients des conditions du pays, et de la difficulté d’organiser un festival de qualité, avec peu de moyens et d’aide gouvernementale. Néanmoins, certains auraient suggéré un libretto imprimé des différentes arias en français ou anglais, ou un écran de sous-titrage car le roumain n’est pas exactement une des langues natives du Liban.
– Pour ceux qui étaient à Milan, ils ont relevé des imprécisions dans la programmation, que le concert du casino ne présentait qu’une partie des morceaux performés à la Scala, les Béla Bartók remplacés par des solos de piano.
– Une relecture du programme pour éviter les erreurs du langage musical serait recommandée.
– Le festival le plus prestigieux et ancien du Liban aurait pu proposer le jour du concert – selon la coutume des festivals et salles d’orchestre mondiales – des tickets ‘dernière minute’ pour les nombreux aficionados d’opéra qui ne pouvait pas s’offrir les billets.
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