La Collection du Yacht Club de Beyrouth Bouleverse les Paradigmes

Nelida Nassar   09.19.2014

Trois collaborateurs enthousiastes, diplômés d’universités prestigieuses, Adib Dada, architecte, Mayssa Fattouh, commissaire d’exposition et Maria Geagea Arida, consultante d’art, ont collaboré à la sélection et la mise en place de la collection d’art contemporain du Yacht Club de Beyrouth, conçu par l’architecte américain Steven Holl. On doit l’architecture d’intérieur au brio de Dada & Associates. De prime abord, le visiteur est accueilli par la forme canapé rocaille de Zaha Hadid qui ondule comme les lignes que les vagues sculptent dans le sable, les fauteuils opulents de Jean Nouvel et une panoplie d’autres meubles et espaces de design pur. Le sol superbe est entièrement en basalte noir ciré sur lequel défilent des images de fond marin de la piscine surélevée à proximité.

La collection d’art épouse, s’intègre et complète cet espace de grand raffinement. Sélectionnée avec réflexion par les collaborateurs, après maintes visites de studio d’artistes, de galeries, d’institutions et de biennales internationales. Durant la phase de construction le Yacht Club connut également les fréquentes virées des artistes. Ceci résulta en un dialogue et un syncrétisme entre l’architecture du lieu, ses perspectives et enfilades et le placement in situ de la collection. La philosophie partie intégrante des trois collaborateurs, et leur modus operandi est la critique des pratiques institutionnalisées. Par leur travail, ils interrogent la manière avec laquelle les œuvres et leurs modes de représentation sont affectés et influencés par les récits réductionnistes et politisés. Ils épluchent et creusent les documents historiques dans le but de repositionner les œuvres dans le cadre plus dynamique de la production artistique contemporaine. La réflexion durant trois années de préparation s’est voulue constante afin d’offrir le maximum de codes de lecture – telle une petite brochure qui est un guide convivial et complet et que l’on peut emporter avec soi à la fin de la visite. Un bon moyen de prolonger la découverte et d’assouvir la curiosité du visiteur, ou encore des visites guidées sur mesure comme celles que l’Agenda Culturel organise – de clés de compréhension pour s’ouvrir à tout type de spectateur en dépit du fait que le Yacht Club n’ouvre ses portes qu’à un nombre réduit de visiteurs.

Si l’art contemporain, moins consensuel que le classique, se veut souvent plus difficile à appréhender pour le profane, la collection proposée demeure accessible à tous avec des pièces ‘de différentes strates’, variant d’une lecture simple à une lecture plus approfondie pour les connaisseurs ou pour ceux qui s’y impliquent. La démarche est destinée à aller à la rencontre du public. A cela s’ajoute un esprit de générosité et de collaboration où les artistes déjà choisis – comprenant la juste valeur du projet – ont tenu à participer et présenter le travail d’autres artistes inconnus des commissaires. Cette manifestation montée dernièrement était primordiale pour souligner une logique d’exposition moderne, qui se démarque de tant d’autres.

La collection réunit une variété d’œuvres : peintures, installations, photographies, vidéos, néons et autres. Constituée au cours de trois années pour s’ancrer dans l’art libanais contemporain, voire celui de demain, elle a pour vocation majeure la découverte d’artistes libanais émergents. Son objectif est également de s’élargir et donc de connaitre un processus de métamorphose, d’enrichissement permanent. Une autre dimension désirée est le potentiel engagement à long terme, et la fidélité du Yacht Club afin de continuer à accompagner les artistes.

Une collection avec relativement peu d’œuvres 24 précisément ne se résume pas au nombre présenté, mais à leur qualité, à la scénographie et la rigueur du processus de sélection. Les œuvres de Marwan Rechmaoui, George Awde, Karine Wehbe, Caline Aoun et Omar Fakhoury ont reçu un consensus immédiat des trois collaborateurs. Les discordes concernant les artistes Marwan Sahmarani et Akram Zaatari étaient relatives à la sélection de la pièce de chacun des artistes et non à leur renommée. Figurent également les ouvrages de Mounira el Solh, Mazen Kerbage, Pascal Hachem et Danièle Genadry. Un des défis de la collection est de ne pas tomber dans les clichés d’images relatives aux paysages marins. Au contraire, la collection ose les plus audacieuses associations, jouant un énergétique contraste des disciplines, des matières, des thèmes et des couleurs. Elle n’hésite pas à railler la société la mettant en dérision. Elle questionne aussi la transformation de l’espace architectural et urbain, l’histoire maritime des bateaux de pêche de quatre villes portuaires libanaises, l’identité sexuelle et les effets de la guerre sur la mémoire collective.

Un commissaire d’art fait l’inventaire perpétuel, révise constamment ses idées sur la direction de l’art contemporain et l’importance des œuvres des artistes qu’il répartit. De la même manière, le trio de la collection du Yacht Club a suivi ce cheminement. Jean François Lyotard qui a popularisé l’expression postmoderne, met en cause et argumente, que la condition postmoderne se caractérise par la fin des “métarécits” (récits qui sont communs à tous). Nous estimons que la condition “post-moderne” s’est instaurée au moment où l’art contemporain a abandonné et mit fin à la crédulité à l’égard des métarécits de la modernité comme source de valeur artistique. L’épilogue du grand récit de l’art contemporain a donc eu lieu lorsque l’art conceptuel et d’autres pratiques ont largué la technique artistique spécifique afin de juxtaposer dans une même œuvre image et texte écrit.

Dans la condition postmoderne, le trio perçut l’adieu à la cohérence, mais en même temps les nouvelles possibilités d’expérimentation, réinventant des supports non traditionnels souvent adoptés et empruntés à la culture commerciale, et à la “marchandise informationnelle” langage visuel des jeunes artistes émergents qu’il on déjà judicieusement distingué et c’est bien ce cicérone qui oriente l’innovante sélection de la collection.

Le plus remarquable chez ce jeune groupe c’est l’absence de concurrence, mais une bienveillance réciproque, un respect mutuel, une passion du beau, un œil artistique averti et critique où quand l’un brille, l’autre reflète ses éclats. Ils jouent la lumière sans se faire d’ombre. Il se pourrait que leur collaboration, complicité et intelligence, dont le résultat est palpable, assemble de ce point de vue et sans aucun doute, une collection avant-garde dont d’autres pourraient s’inspirer.

See more at: http://www.agendaculturel.com/Art_La_collection_du_Yacht_Club_de_Beyrouth_bouleverse_les_paradigmes#panel-21

2 thoughts on “La Collection du Yacht Club de Beyrouth Bouleverse les Paradigmes

  1. Bonjour et merci pour ce beau texte, très inspiré par la belle collaboration des trois “consultants”. J’aimerais beaucoup visiter l’exposition avec l’équipe de l’Agenda Culturel. Merci d’y inscrire mon nom. Vivement le Yacht Club de Beyrouth! Zeina

  2. Rien n’est encore planifier a ce sujet mais certainement c’est une visite interessante a faire dans un lieu qui a des moments de magie.

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