Kameel Hawa, Sculptures Géométriques et Biomorphiques

Nelida Nassar  09.28.2014

Rarement trouve-t-on des sculptures dans les espaces publiques au Liban à part quelques-unes dans le périmètre de Foch Allenby Maarad et dans les souks. Ceci explique l’enthousiasme provoqué les cinq dernières années lors de la Beirut Art Week, sponsorisée par le Ministère de la Culture et Solidere. A chacune des éditions, de nombreuses sculptures et objets d’art ornent le centre-ville avant de disparaitre une dizaine de jours plus tard.

Lorsque l’on tombe sur une sculpture publique qui transforme l’espace et qui incite à revenir encore et encore pour voir si l’effet-surprise et joie disparaissent avec la familiarité, on s’y attache. L’installation de Kameel Hawa dans le jardin de Samir Kassir suscite ce sentiment qui s’améliore avec chaque visite répétée. Par ce week-end de brise d’automne, j’ai trouvé plusieurs personnes tranquillement la photographier sous tous les angles et un groupe de trois jeunes de la vingtaine, en discuter avec enthousiasme. Et ce n’était pas leur première visite non plus.

L’installation est composée de sculptures en acier peint, qui sont au nombre de 8. Celles-ci se transforment en apparence, et se modifient dans leur configuration lorsqu’on les contourne. Comme une secousse, elles dynamisent leurs environs, colorées (rouge, bleu, jaune, noir et argenté) contre la structure élégante de l’immeuble du quotidien al-Nahar, un contrepoint jazzy à sa géométrie guindée. L’installation n’est ni spécifique au site ni communautaire, elle réussit néanmoins à la fois en tant qu’art ainsi que comme art public. Esthétiquement accessible, elle est également un agrément que les passants apprécient vraiment et dont ils profitent.

Sculptures de forme géométrique (cercle, rectangle, carré) et d’échelles disparates, elles demeurent pourtant en harmonie, interprètent et déconstruisent le mot ‘art’ fann en arabe, placées à bonne distance l’une de l’autre. Seules, occupant la fontaine du jardin, flottant sur l’eau, s’y reflétant et encadrées par un magnifique arbre, elles invitent les visiteurs à les découvrir à travers leurs espaces, leurs facettes. L’expérience de structures qui semblent séduisantes et infinies en même temps, suggère alors un plus grand ordre mystérieux des choses.

Créer une structure universelle sous-jacente est l’ambition de Hawa. Né en 1947, influencé par l’art de la calligraphie arabe, il est un sculpteur dans la tradition minimaliste. Bien que sa première ambition soit d’être un peintre, il est effectivement entré dans le monde de l’art par le biais de l’idéogramme et en tant que graphiste, travaillant ensuite sur la sérigraphie sur lin, sur nombreuses aquarelles et dessins au crayon, jonglant entre les techniques. La sculpture arrive en dernière position chez cet artiste énigmatique qui expose ses sculptures pour la deuxième fois publiquement.

Ses recherches relatives à la forme géométrique trouvée dans la nature, et les différents styles d’écriture arabe, en particulier le caractère Kufi, font que ses sculptures constituent un lien entre les formes naturelles et la géométrie idéale. Elles explorent finalement les deux formes biomorphique et géométrique. Considérant l’espace comme un tout, il envisage la sculpture comme un vide dans une structure invisible plus grande, incitée tout au long par la tension générée quand les contraires apparemment inconciliables fusionnent. Ses sculptures suggèrent des formes qui repoussent les contraintes du plan de l’image, évinçant l’espace disponible, ou le structurant géométriquement, renonçant à la symétrie pour le déséquilibre, dans une instabilité apparemment stable. Ses pièces suggèrent des plans de masse et des formes architectoniques, une expérience complexe et ciblée en somme.

Les notes de couleurs dans des tons étincelants enveloppent le spectateur dans un magnifique espace visuel, tandis que les ossatures argentées le structurent, accentuées par les formes circulaires répétées pour chacune d’elle, qui représentent le point de la lettre fé du mot fann et qui les ancrent. L’installation semble facile à saisir visuellement, verbalement et intellectuellement. Ce qui est vu n’est jamais tout ce qu’il y a parce que d’un angle différent, le perçu est toujours autre chose. Si vous décidez de vous immiscer, l’installation invite à la réflexion sur la structure complexe, la fusion des contraires illusoires, la nature de l’infini, et les impossibilités de réponses et d’étiquettes faciles.

Installation in situ jusqu’au 1er octobre

Nélida Nassar
http://www.agendaculturel.com/Art_Kameel+Hawa_sculptures_geometriques_et_biomorphiques

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2 thoughts on “Kameel Hawa, Sculptures Géométriques et Biomorphiques

  1. Merci de ce bel article qui couvre si bien le sujet. En effet, c’est une belle installation, intéressante et décorative, qui remplit l’espace de la fontaine de Samir Kassir avec élégance, les pièces étant d’une taille juste et comme faites sur mesure. Vivement, pour toujours!

  2. Les dimensions des sculptures de Kamel Hawa s’epousent cette fontaine si bien, que l’on souhaiterait qu’elles restent en permanence, esperons que les fonds seront trouves pour les garder…

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