We are the Symptoms of our Condition

Text in French: Bélinda Béatrice Ibrahim   07.24.2017     
Translation to English: Nélida Nassar   08.29.2017

To understand what this means, it is enough to take the population’s pulse, to measure the anguish, the fear of tomorrow, and the profound disarray that the Lebanese – left to their own problems – are suffering, with nothing to anchor them. We learn daily of brutal acts of violence, of unprovoked aggression, irascible actions at home, in traffic or in airplanes, and of impulsive and irresponsible conduct even at educational or medical institutions etc.

Lebanon is a poor, small country of 10,452 km2 with porous borders, abandoned by a political caste obsessed solely by its personal interests and identity, which prefers to line its pockets instead of uniting to confront the dangers likely to threaten its fellow citizens. The countries surrounding Lebanon are falling in a domino effect one after the other, and this shows no sign of ending. As a faithful vassal of Syria, Lebanon’s fate obviously depends on what lies in store for its exhausted “sister”. We, ordinary citizens, are spectators reduced to the status of pawns, and are no more than individuals left to ourselves, without protection, without security, and. above all, without the shadow of a solution on the horizon.

The only light that we sometimes perceive at the end of the tunnel is nothing but the fireworks of those who have opted to push on ahead, adopting the politics of the ostrich and of deceitful promises. For the sake of appearances, they desperately cling to the shreds of a life that is no longer based in reality. Some happy few seek to forget at parties, in alcohol or drugs. Festivals appear in the most remote regions and districts convincing their attendees they are still living in the years preceding the current state of horror, as they cling more and more to the idea of ​​a country that no longer exists as such.

A large number of Lebanese are literally destitute, while a minority continues to show off its gilded lifestyle. Citizens are overtaxed, drained, exhausted. The roads are clogged, and the country is turned into concrete by towers that will be bought by foreign real estate developers, thus quietly eliminating what remains of the landscape.

More and more Lebanese are leaving the country. Those who remain have no choice but to form mini-states whose boundaries stop at their front door. They have to obtain their own electricity, buy water from cisterns, and, since the crime rate has reached a frightening peak, figure out how to defend themselves.

Nowadays, it is enough to leave your home to be in danger or to feel as if you are in a foreign land. The other, the others, have become potential enemies. You hear screams, horns blowing, and firecrackers are thrown at your car if your face happens to displease someone. And, why not? … someone may crush you under his car tires, stab you in the face, not in the back, while looking at you straight in the eye. All of this takes place before a stunned, unconcerned, and amorphous audience. 

The country has turned into an open-air garbage can, war is at the doorsteps, and racism and xenophobia reign supreme. And the following terrible assertion is incontrovertible: we have not learned anything from a past which is quickly become a horrible and bloody present!

If all these transgressions are taking place, it is because the boundaries related to citizenship and to the law have all been shattered. Suffering from the loss of stable references and from the transformation of the laws into personal points of views, the Lebanese pursue their daily lives as best they can as they move towards an increasingly sinister tomorrow. Some people express this profound malaise more openly than others, but we are all filled with the same terror: the terror which results from the atrocious consequences of man’s unbridled madness – from the murderous violence that every day brings a few more people to their knees.

If the aggressiveness is so palpable, it is because we, Lebanese citizens, ourselves display the symptoms of a country at bay. Of a Lebanon that is doing as badly as its inhabitants.

In Lebanon, even God has his own bias. Thus our motto might be: each one for himself and God for all the members of his party and all those who benefit from His divine impunity.

Happy summer holidays from a state on holiday from the rule of law!

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Nous sommes les symptômes de notre malêtre…

Il suffit, pour le comprendre, de prendre le pouls de la population pour mesurer l’angoisse, la peur du lendemain et le désarroi profond dont souffrent les Libanais livrés à eux-mêmes dans un État en perte de repères… Nous sommes informés, pratiquement quotidiennement, d’un acte de violence accompli avec brutalité, de la libération d’une agressivité qui a dégénéré, de comportements irascibles dans les salons, sur les routes, dans les avions, d’actes impulsifs et irresponsables dans les institutions scolaires ou médicales, etc.

Le Liban est un pauvre petit pays de 10 452 km2 aux frontières poreuses, délaissé par une caste politique qui se restreint à ses intérêts particuliers et identitaires, et qui préfère se remplir les poches au lieu de se souder pour affronter l’inconnu qui nous menace. Les pays autour de lui sont en train de tomber l’un après l’autre dans un effet domino qui ne semble pas devoir s’arrêter. En appendice fidèle assujetti à la Syrie, le sort du Liban dépend bien évidemment de celui qu’on réserve à sa “sœur” exsangue. Nous, simples citoyens spectateurs réduits à des pions, ne sommes plus que des individus livrés à nous-mêmes, sans protection, sans sécurité et surtout sans l’ombre d’une solution à l’horizon.

La seule lumière que nous percevons parfois au bout du tunnel n’est autre que celle des feux d’artifice de ceux qui ont opté pour la fuite en avant, pour la politique de l’autruche et celle de la poudre jetée aux yeux ; pour une apparence qui tente désespérément de s’accrocher à des lambeaux de vie qui n’a rien de réel. Quelques happy few cherchent l’oubli dans la fête, l’alcool ou les drogues. Les festivals s’enchaînent dans les coins les plus reculés de bon nombre de régions et de quartiers pour s’auto-persuader de vivre encore dans les années d’avant l’horreur actuelle. Pour s’accrocher encore et surtout à l’idée d’un pays qui n’existe plus en tant que tel.

Un nombre important de Libanais crève la dalle. Une minorité lustre les apparences d’une vie dorée. Le peuple est surtaxé, drainé, épuisé. Les routes sont engorgées, le pays se bétonne par des tours qu’achèteront des promoteurs immobiliers étrangers, nous retirant ainsi, en douce, ce qui nous reste de territoire.

De plus en plus de Libanais quittent le pays. Ceux qui restent n’ont aucun autre choix que de se constituer un mini-État dont les limites s’arrêtent à leur porte d’entrée. Ils doivent assurer leur propre électricité, acheter l’eau à coups de citernes et depuis que la criminalité a atteint un pic effrayant, songer à assurer leur propre défense.

De nos jours, il suffit de sortir de chez soi pour être en danger ou pour se sentir en terrain étranger. L’autre, les autres, sont devenus des ennemis en puissance. Ça hurle, ça klaxonne, ça vous jette des pétards autour de votre véhicule si votre tronche ne plaît pas et pourquoi pas, ça vous écrase sous ses pneus, ça vous poignarde en face, et non pas dans le dos, en vous regardant dans les yeux devant un public sidéré, absent et amorphe. Et ça vous mitraille aussi. Le pays s’est transformé en une poubelle à ciel ouvert, la guerre est aux portes, le racisme et la xénophobie règnent en maîtres absolus et le constat suivant s’impose comme une terrible évidence : non, nous n’avons tiré aucune leçon d’un passé qui se presse de redevenir un horrible et sanguinaire présent !

Si toutes ces dérives ont lieu, c’est parce que toutes les digues qui renvoient à la citoyenneté et au droit ont été rompues. C’est en perte de repères, dans la transformation des lois en points de vue personnels, que les Libanais poursuivent leur bout de chemin vers des lendemains qui s’annoncent de plus en plus sinistres.

D’aucuns manifestent ce mal-être profond plus que d’autres, mais nous sommes tous habités par la même terreur : celle des conséquences atroces qu’aura sur nous la folie déchaînée des hommes ; cette violence meurtrière qui met tous les jours un peu plus de monde à genoux.

Si l’agressivité est si palpable, c’est parce que nous, citoyens libanais, sommes le symptôme d’un pays aux abois. D’un Liban qui va aussi mal que ses habitants.

Au Liban, même Dieu a son parti pris. Ainsi, notre devise pourrait être la suivante : chacun pour soi et Dieu pour tous les membres de son parti et tous ceux qui bénéficient de Son impunité divine.

Bonnes vacances d’été en vacance d’un État de droit !

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